Donc forcément, ça ne marche pas.
Pourtant j'avais suivi toutes les étapes. Enfin, mes étapes, quoi.
_Étape 1: tu vas faire de l'électricité ma fille. Souviens-toi de papa et frérot bricolos, éteins le fusible. Tu sais pas quel fusible? Dans le doute, foi de bourrin, coupe tout.
_Étape 2: déballage et observation de la bête. Bon y'a des vis partout, ça veut sûrement dire qu'il faut dévisser. Je dévisse.
_Étape 3: un nouveau doute m'assaille. Forte d'une longue expérience de montages de meubles censés être chronos qu'ont duré 5 heures, je me dis que le papier là, avec des dessins et des gribouillis polyglottes pourrait éventuellement me servir à quelque chose. Il dit qu'il faut dévisser. Je me lance.
_Étape 4: j'ai deux options: la version facile et moche, la version pas de fil qui pendouille le long du mur, je suis une bille en électricité, mais j'ai déjà vu mon frère pratiquer au moins trois fois (dont une où complètement bourré il avait arraché les fils de son radioréveil à mains nues. C'est l'éclair qui m'avait réveillée). Et puis un domino, c'est pas compliqué: y'a des fils qui rentrent y'en a d'autres qui sortent. Easy.
_Étape 5: les fils c'est gros, la gaine c'est dur, le cuivre c'est pas facile à choper; qu'à cela ne tienne, dans ma trousse à outils, j'ai mon joujou préféré. Armée de la pince coupante, je t'arrange ça ni une ni deux. Je rebranche les fils en me fiant vaguement à la couleur, je reserre bien le domino. Impeccable.
_Étape 6: pour les besoins du montage, je bouge légèrement l'applique. Apparemment j'avais pas assez serré le domino. Je lui règle son compte.
_Étape 7: ben facile! Que faire quand on a dévissé et installé? Revisser pardi! d'abord la plaque qui referme le domino, et puis la plaque en métal du milieu qui sert à quoi je vous le demande. Et voilà! J'ai une magnifique applique rétro... qui pendouille dans ma main gauche. Mais comment qu'on fait pour la mettre au mur? Après une réflexion intense en pyjama debout dans mon lit, j'ai enfin trouvé la fonction de la barre en métal du milieu. Après une autre réflexion intense et beaucoup de mini trous dans le mur, je me rends compte que je ne pourrais jamais visser cette barre si elle est encore soudée à l'applique (oui je sais là je deviens trop technique). Je dévisse la barre, je la revisse au mur.
_Étape 8: normalement l'applique après, t'as plus qu'à la clipser sur la barre. Sauf qu'avec le volume des fils, la barre elle est gonflée à bloc, presque autant que mon agacement qui monte, mais monte, mais monte...
_Étape 9: la technique du marteau. Que ce soit pour faire rentrer des vis qui veulent pas, pour niquer les bitognons en bois toujours trop gros pour les trous ou pour plier une barre de métal récalcitrante, le marteau est toujours là. Le marteau est mon ami.
_Étape 10: l'applique est clipsée, vissée à la barre de métal support au mur, rien ne dépasse, j'enfile l'ampoule, j'enlève l'ampoule, j'enfile l'abat-jour, qui tombe, donc j'enlève l'abat-jour, je vois un anneau blanc qui gêne, je réenfile l'abat-jour en forçant légèrement pour qu'il clipse à l'anneau blanc, ça marche pas, j'enlève l'abat-jour, je dévisse l'anneau blanc, j'enfile l'abat-jour je revisse l'anneau blanc, ça marche alléluia je n'ai plus qu'à mettre l'ampoule, qui évidemment n'est pas une ampoule standard, et qu'évidemment j'ai oublié d'acheter lors de mon dernier périple chez Ikea, pas grave je prends celle de la lampe de chevet. Voilà j'ai fini. C'est beau.
_Étape 11: moment de vérité, je m'approche de mon compteur avec l'impression d'être sur le point d'allumer les Champs Elysées en décembre. L'électricité est remise, rien ne se passe. Pas alarmée, je joue avec l'interrupteur. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois (oui c'est bien connu, il y a quatre positions pour un interrupteur: arrêt/marche/peut-être qu'il était pas à l'arrêt/ou peut-être qu'au début il était déjà sur marche). Rien ne se passe. Ah mais oui! Il y a aussi un interrupteur sur l'applique, c'est sûrement ça! J'actionne la jolie chaîne qui pendouille. Rien ne se passe.
_Étape 12: étape dite du renoncement. Oh, on se doute bien qu'avec toutes ces tribulations, les fils du domino ont dû bouger, ou qu'on a dû relier les mauvaises couleurs, et qu'un simple démontage (maintenant qu'on connaît par cœur les erreurs à ne plus reproduire) pourrait régler ça....mais comment dire? Pjut! Pendant quelques jours, attendant qu'un éventuel sauveur ne vienne (le même qui m'aidera à me débarrasser de mon matelas), je m'autorise à accéder à ma chambre lampe de poche à la main. car après tout, cette applique, elle le vaut bien. C'est con que le soir, quand justement je rejoins ma chambre, il fasse trop sombre pour l'admirer...
Pjut! je vous dis...
