dimanche 13 novembre 2011

Demons of the wild (Démons intérieurs, Nancy Huston et Ralph Petty).

Attirée depuis toujours par le lien entre image et texte, je me suis faite plaisir en achetant ce week-end le dernier livre de Nancy Huston, Démons intérieurs, créé en collaboration avec l’artiste peintre Ralph Petty, dont j'ai adoré les dessins dès le premier coup d’œil. Je ne connais que très peu Nancy Huston, dont j'ai lu Lignes de faille (une réussite malgré le classicisme du roman). Le principe du livre paru aux éditions L'iconoclaste est l'association de deux artistes qui nous livrent leur vision d'une année dans le monde. Comme l'explique Nancy Huston dans sa préface, il s'agit de mêler le politique et l'intime, généralement vécus selon deux modes: soit on est heureux en privé et révolté face au désespoir du monde, soit on est plutôt stable socialement mais totalement en proie à ses démons privés. Le défi consiste à raconter ce tango délicat. On peut le faire à l'américaine (voir le dernier Jonathan Franzen) en décrivant l'influence du macrocosme sur le microcosme (expression piquée à Yann Moix). On peut aussi préférer l'intime, en se servant du politique comme décor pour situer une époque, un lieu. 
Alors quel choix fait donc Huston?Apparemment un non choix. Le livre se révèle peu versé dans l'intime, même si quelques détails de la sa vie égrènent les textes (les livres qu'elle a lus et écrits, les films et expos vus, les petites anecdotes culturelles ou campagnardes). Plutôt axés sur l'actualité 2010-2011 (printemps arabe, discours et politique de Sarkozy, grèves en France, coupe du monde, Fukushima, affaire Bettencourt) on s'attend alors à ce que ses textes quotidiens décryptent la politique (au sens global). On attend un éclairage, une réflexion plus profonde, en vain. On a le droit une liste de pensées aussi justes que plates: l'exploitation du Sud par le Nord, la prégnance des nouvelles technologies dans notre quotidien, l'oppression des femmes, l'abus de pouvoir des Grands, la méfiance injustifiée des étrangers. En gros, ça m'a méchamment fait penser au commentaire d'un de mes élèves sur une histoire qu'on venait de lire en classe: "Mais madame, là-dedans c'est qui les méchants et c'est qui les gentils?". Chez Huston, c'est pareil: les méchants sont méchants, alors que c'est si évident d'avoir des valeurs de gentil. Ce n'est pas que je ne partage pas les valeurs de la romancière (qui serait contre la paix et l'amour universels franchement?), mais un peu étonnée par la superficialité des propos. OK, le but est le récit du quotidien politique, pas de verser dans la grande analyse méthodique. Mais quand même, on reste un peu sur sa faim... largement comblée, par contre, par les sublimes lavis de Ralph Petty:
Un extrait, loin d'être choisi au hasard. Bien sûr je ne pouvais pas faire l'impasse sur ce texte concernant Bertrand Cantat (c'est marrant parce qu'à l'époque j'aurais bien aimé choisir un de mes dessins à l'encre comme couverture de mon bouquin sur Noir Désir. Bon évidemment tout ça c'était dans mes rêves, parce qu'une maison d'éditions, ça gère toute seule ses couvertures, surtout quand elles font partie d'une collection bien formatée visuellement parlant). Mais aussi c'est assez représentatif des idées super bien pensantes de Nancy Huston: on a du mal à la contredire, mais on ne voit pas non plus en quoi ça peut faire évoluer les choses.
"Noirs, noirs désirs
Quand j'assistais, moi jeune-intello-française-d'adoption, plus-catholique-que-le-pape, aux séminaires de Roland Barthes et de Jaques Lacan dans les années 70, je considérais que rien chez l'être humain ne relevait de l'animal; qu'au commencement était le Verbe (tiens, tiens); (...)
Mais je suis revenue de cette manière de voir. Je pense qu'on est bel et bien des animaux; je pense en particulier que, chez nous autres primates supérieurs dotés d'un cerveau, ce n'est pas demain la veille que s'arrêtera la violence des mâles contre les femelles. En revanche, on peut essayer d'en limiter les dégâts; et pour cela, la manière d'en parler est cruciale. Autour du meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat, les médias ont vraiment déblatéré à tort et à travers.
La question n'était pas de savoir: arrivait-il à Marie d'être violente aussi? mais: qui a frappé Bertrand Cantat dans son enfance?
Et la question n'était pas de savoir: pendant combien d'années Cantat aurait-il dû rester en prison? mais: que peut-il chanter à partir de maintenant, pour dissuader d'autres garçons de lever la main sur d'autres filles?".

Voilà voilà...

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